Ornithos 21-6, Nº10 Nov-Dec 2014, pp.332-333 by Jean-Mark Thiollay

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IIustrated checklist of the Birds of the World

Volume 1. Non-passerines

deI Hoyo J. & Collar N.J., 2014, Lynx Edicions, Barcelone, 903 p. (185 €)

Pour son 18' volume, la célèbre série sur les oiseaux du monde continue d'innover en reprenant et en mettant à jour toute la classification des oiseaux selon les critères de Tobias et al. (2010). Ce système permet de distinguer si deux espèces sont différentes lorsqu'elles remplissent au moins 7 des critères quantifiés qui prennent en compte surtout le plumage, la distribution, la voix et autres comportements, mais peu les analyses génétiques qui sont encore en plein développement et donc pas toujours bien assises. Une longue introduction à ce gros volume (36 pages) détaille et discute toute la méthodologie utilisée, de la définition de l'espèce et des processus de spéciation aux différents concepts d'espèces, puis explique comment les choix ont été faits en illustrant certains de planches très parlantes où toutes les sous-espèces d'un même taxon ont été regroupées selon différentes classifications. Puis vient le corps de l'ouvrage où toutes les espèces sont passées en revue avec sur une page les textes brefs et synthétiques (noms en 5 langues, taxonomie ancienne et justifications bien développées des changements quand il ya lieu), puis la liste des sous-espèces retenues, leur répartition géographique et, quand elles sont très distinctes ou des espèces potentielles, leur nom anglais surligné en couleur. En face, chaque espèce (et sous-espèce bien typée) est représentée (357 planches et 8290 illustrations) à côté de sa carte de répartition. Ces cartes, malgré leur petite taille, sont très claires et précises car elles ne représentent que la zone de répartition dont on peut retrouver la position exacte grâce aux frontières bien marquées et à 36 grandes cartes de référence pleine page à la fin de l'ouvrage (un véritable atlas du monde!). Les textes sont en très petits caractères (nécessairement) et se concentrent sur les seuls critères qui ont motivé un nom, une orthographe ou une classification quelque peu nouveaux. Deux annexes finales traitent des espèces éteintes. C'est un travail colossal (2000 références géographiques et systématiques) qui arrive sur un « marché» où plusieurs listes des oiseaux du monde existent déjà, différentes les unes des autres. Cette nouvelle liste est en fait une synthèse de l'existant où chacune des décisions est soigneusement documentée et reste souvent ouverte à des changements ultérieurs selon les travaux à venir. Elle est cependant appelée à être très utilisée puisque c'est celle de BirdLife International qui pilote la Liste rouge UICN des oiseaux menacés. Certes les changements d'espèces peuvent paraître nombreux (461 splits et 21 lumps par rapport aux 16 volumes du HBW), mais à regarder de près en comparant avec les listes classiques, on s'aperçoit qu'il n'y a pratiquement pas d'innovations qui n'aient déjà été proposées par d'autres auteurs et qu'au contraire, beaucoup de positions demeurent prudentes et même en retrait par rapport à certaines publications récentes, tout en suggérant de nombreux splits, non retenus, mais qui pourraient être reconnus à l'avenir. Par contre, beaucoup de noms de genres récents ont été adoptés (mais pas tous!). Pour les sous-espèces, les auteurs reconnaissent ne pas les avoir encore approfondies mais la réduction du nombre de taxons est une tendance forte. Pour fixer les idées, la dernière édition des non passereaux du «Howard & Moore» (Dickinson & Remsen 2013), la plus restreinte et conservatrice des listes, comporte 983 genres, 4016 espèces (non éteintes) et 7125 sous-espèces, contre respectivement ici 1009, 4372 et 9541 en 105 familles. Ce n'est pas une révolution, mais c'est assez pour que chacun regarde avec soin les familles qu'il connaît le mieux pour juger, et adopter si possible, les changements éventuellement proposés. Au total, ce lourd volume richement illustré fera date, bien qu'aucune classification ne soit définitive et qu'il annonce lui-même des modifications ultérieures. Espérons aussi qu’il fera consensus dans un domaine aussi instable. Il plaira peut-être aux « cocheurs » qui ajouteront sans effort quelques espèces à leurs listes (mais pas tant !) ou aux organismes de conservation pour lesquels seul le niveau spécifique justifie travaux et financements. Plus généralement, il représente une classification bien équilibrée- même si elle toujours discutable. En tous cas, c'est une référence incontournable, en attendant avec impatience son complément sur les passereaux (une tâche encore plus considérable) prévu dans plus d'un an.

Jean-Marc Thiollay